L’asbl HAMA située en région de Bruxelles-Capitale
regroupe et gère quatre centres d’hébergement pour personnes atteintes de déficience mentale.

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Un environnement familial et convivial permet à nos résidents de s’épanouir et de vivre en toute confiance et en toute sérénité.

Nos témoignages

Monsieur et Madame Meert-Leclercq, parents de Magalie, résidente à Hama 2
Toute crise est révélatrice des forces et faiblesses d'une société, notamment par la manière dont sont prises en compte les personnes les plus vulnérables, telles les personnes âgées, les enfants - et particulièrement ceux placés par la protection de la jeunesse, les prisonniers, les personnes sans domicile fixe, les familles monoparentales, les demandeurs d'asile et les personnes "en situation de handicap".
A chaque situation inédite, nouvelle, leurs "acquis", et leurs droits sont remis en question... Nous l'avons vécu de manière très brutale et douloureuse avec notre fille, âgée de 46 ans et porteuse de trisomie 21. Elle vit dans un hébergement à Bruxelles, avec 19 autres personnes d'âges et de difficultés spécifiques très variées. Chacun.e y mène une vie adaptée à ses souhaits et besoins, encadré.e par une équipe éducative dynamique, attentive et vivante. Le 13 mars dernier, suite à la première déclaration gouvernementale, l'équipe éducative de l'institution, prenant ses responsabilités, fait part aux parents de sa décision : confiner les personnes, supprimer toutes les activités extérieures et les retours en famille. Et dans la maison, adoption de toutes les mesures de protection, d' hygiène et de prévention possibles. Cependant, occuper 20 personnes qui habituellement vaquent à des activités extérieures, n'est vraiment pas facile ! Mais l'équipe fait preuve de créativité pour "innover" (bar, boutique, jeux...) et stimuler l'intérêt. Aucune aide extérieure n'est (tests, protections...) n'est fournie : "les personnes handicapées ne sont pas prioritaires"... C'est ignorer que certaines ont un système immunitaire déficient, des voies respiratoires fragilisées, ou d'autres faiblesses. Et 20 personnes plus une équipe éducative qui vivent 24h/24 dans une maison, certes spacieuse dans la vie courante, ça devient vite difficile à gérer! Et ce qui devait arriver arriva. Le 5 avril, il nous est signalé que plusieurs personnes dont notre fille, présentent des signes suspects : poussée de fièvre, taux de saturation en baisse... Elle se dit aussi "oppressée". Après concertation, il s'avère indiqué de l'emmener aux urgences, en ambulance, seule (pas d'éducateur disponible et vu notre âge avancé, nous ne pouvons pas l'accompagner). Son frère l'y rejoint mais il ne peut la voir. Il a quand même un contact avec l'urgentiste qui manifeste une attitude bienveillante à l'égard de sa soeur... Petit soulagement pour nous. Elle est transférée à l'unité "covid-19" et, le lendemain, le scanner des poumons confirme l'infection. Pendant 2 semaines, elle restera à la clinique, en chambre isolée. Première grande inquiétude : elle demande "papa et maman"...(jusqu'à ce jour, nous l'avions toujours accompagnée pour les rendez-vous et les soins médicaux). Ici, non seulement elle est totalement seule, sans nécessairement comprendre le pourquoi et le comment, mais de plus, dans un univers de gens masqués, en combinaisons blanches, avec des gants...Ce qui pourrait déjà s'avérer anxiogène pour tout un chacun. Comment peut-elle se situer, comprendre, envahie surtout par la panique et un sentiment d'abandon ? Cette situation pourrait-elle l'amener à rester sans réaction, voire à se laisser mourir ? Nous avons, de plus, dans la famille mais elle plus particulièrement, un parcours médical extrêmement douloureux... Notre chance, c'est de pouvoir faire appel à des personnes "ressources", notamment à la psychiatre qui suit notre fille depuis bientôt 20 ans. Elle a pris directement contact avec le pneumologue et l'équipe soignante...et ceux-ci ont témoigné beaucoup d'attention et de bienveillance à l'égard de notre fille malgré la charge énorme de travail de cette unité.
Chaque jour, le pneumologue nous contactait par téléphone pour nous faire part de ses observations, tant au niveau médical que relationnel ou émotionnel... De notre côté, épaulés par sa fratrie, ses tantes, oncles, cousines et cousins, nous lui avons transmis quotidiennement photos, cartes, marques de sympathie...seules actions possibles pour lui communiquer notre attachement. Nos coups de fil étaient souvent remplis de lourds silences car elle ne parlait quasi plus...nos voix se voulaient rassurantes mais sans savoir ce qu'elle en captait... A ces préoccupations qui ne nous quittaient plus, s'ajoutait celle de l'incertitude quant à l'évolution de la maladie... Pendant les 10/12 premiers jours, la menace d'une aggravation était constante. Dès le début l'urgentiste puis le pneumologue nous avaient avertis : "si la situation s'aggrave et que des traitements plus lourds s'avèrent nécessaires (soins intensifs, coma et intubation...), c'est vous qui devrez donner ou pas votre accord"...
Face à un discours aussi abrupt - mais qui devait être exprimé, nous devons le reconnaître - nous sommes pétrifiés...Que répondre ? Déjà, espérer de tout coeur que cela n'arrivera pas. Chaque jour était un jour de gagné...
Mais nous pensons aussi aux personnes qui ont dû se prononcer : un arrêt des soins des soins signifiant la mort, sans acharnement thérapeutique, ou prendre le risque ? Mais dans quel état sera la personne après cela ?
Grâce aux soins médicaux et relationnels, avec de la chance aussi, notre fille a pu quitter l'unité après deux semaines ! C'est alors posée la question de la quarantaine... La replacer ailleurs, à nouveau en isolement et dans un milieu inconnu ? Est-ce envisageable ?
Nous avons tous estimé qu'elle ne pouvait pas revivre cette nouvelle épreuve...et le centre d'hébergement l'a accueillie : elle a passé cette quarantaine dans sa chambre, entourée des éducateurs bien connus et appréciés, malgré leurs masques. Elle a été surveillée, soignée, chouchoutée, gâtée...
Et après 2 semaines, moment ultra festif : premier repas avec toute l'équipe ! (c'était le 4 mai)
Elle nous exprime son contentement par des rires à gorge déployée lors d'une communication avec nous via WhatsApp...et nous rappelle, comme au bon vieux temps d'avant le covid-19, qu'elle souhaite que nous lui ramenions les petites gâteries traditionnelles !... Pour notre fille, actuellement, le retour en famille ne se pose pas. Elle est trop contente, après un mois de maladie très invalidante, de retrouver ses pairs et a besoin de reprendre le rythme, ses repères et ses acquis, autant que possible... Il est donc trop tôt pour envisager l'avenir. Mais pour nos enfants, qui sont pour la plupart des jeunes adultes avec des projets de vie, des rêves, des souhaits, des besoins comme tout un chacun, des dispositions ex cathedra, applicables partout et pour tous, ne sont absolument pas adaptées...Chaque personne et chaque situation a ses particularités. Ce que nous souhaitons de la part des pouvoirs publics, c'est de faire confiance aux parents, à la fratrie et aux professionnels du secteur ! Depuis l'annonce du handicap de leur enfant, les parents s'efforcent de comprendre et d'agir au mieux en vue de son épanouissement. Tout au long de son parcours, ils veillent à son développement harmonieux en fonction de ses possibilités, besoins et désirs... Dès lors, dans les situations telles que celles que nous vivons actuellement, laissez-nous, avec les professionnels qui les côtoient quotidiennement, décider de ce qui est opportun pour chacun (sortir - rentrer - en famille - en institution...). Avec engagement, évidemment, de respecter toutes les mesures de distanciation, protection et sécurité. Ces décisions rendront cette période, extrêmement difficile pour tous, plus vivable pour eux et pour nous !
Témoignage d'Anne-Marie Ruttiens, soeur de Pierrot, résident à Hama 3 - Les Pétunias
À toute l’équipe des Pétunias, C’est avec plaisir et tendresse que je vous partage mon ressenti de cette période vécue durant les derniers mois et plus particulièrement durant le confinement.
Je pense pouvoir dire au nom de toute notre famille que nous étions soulagés de savoir Pierrot dans de si bonnes mains.
Quel plaisir de découvrir régulièrement toutes vos activités, l’enthousiasme que vous avez à les faire partager avec tous les résidents et le plaisir de voir les visages sereins et heureux de tout le monde.
Pour moi, je suis tellement soulagée de voir mon petit frère Pierrot si bien entouré par une équipe de choc. Je suis admirative de votre dévouement qui pour toute l’équipe semble tellement naturel.
J’ai eu l’impression qu’aux Pétunias il n’y a pas eu de « confinement » ou du moins que vous avez réussi à faire vivre cette période difficile de manière sereine. Quel exploit !
Je vous souhaite une belle continuation dans toutes vos aventures et surtout que du bonheur à toute l’équipe et aux résidents. Bien affectueusement, Nanette « sœur » (dixit Pierrot)